Un service minimum en prison…

Dans une lettre publiée par La Libre.be, d’éminentes personnalités réclament, au nom de l’humanisme, un service minimum dans les prisons de notre état voyou… Si ce service minimum est nécessaire, on a envie de leur répondre qu’il est déjà d’actualité au vu du manque de soins, d’accompagnement en vue d’une réinsertion et du sous-effectif chronique des surveillant-e-s que le gouvernement entend réduire encore au profit de déshumanisantes caméras, cela sans parler de la vétusté et de l’insalubrité de certains bâtiments. Mais les signataires de cette lettre en parlent… On a alors l’envie de leur dire combien leurs capacités intellectuelles semblent en service minimum également…

Les Pays-Bas ferment leurs prisons. Enfin, ils les louent aux pays imbéciles comme le nôtre. La Norvège connaît des prisons ouvertes où les personnes incarcérées sont privées de leur liberté, c’est-à-dire des contacts avec leur entourage amical et familial. Une condition qui permet de ne pas leur faire subir cette condition inhumaine et dégradante, assimilable à de la torture, qu’est l’enfermement. Il serait donc possible de penser la prison de manière différente. Mais, non, les imminents signataires de la lettre publiée s’y refusent et préfèrent saisir la triste opportunité de la grève des gardien-ne-s pour aller dans le sens d’une criminalisation du droit de grève.

Bien sûr, ceux-là plaideront l’urgence de raisons humanitaires et on ne pourra que leur donner raison. Néanmoins, oui, je le réaffirme, les capacités intellectuelles de ces opportunistes à l’humanisme doté de petits bras (d’un état voyou) sont déjà en service minimum.

Il semble être chez ces gens-là, des gens chez qui on compte quand on crève – mais pas avant ! -, une prédisposition afin de penser qu’une jolie prison, avec des bouquets de fleurs aux fenêtres et une belle moquette qu’on ne peut fumer, est une sorte de panacée universelle. Ils sont évidemment incapables de penser, comme en Norvège notamment, que la liberté commence AVEC autrui et qu’être mis au ban d’une société, fut-elle intime, est en soi une peine terrible. Non, ces gens-là préfèrent se Trumper et ont besoin de murs afin d’affirmer leur bienveillance.

Aussi sont-ils et elles incapables de penser que la meilleure façon de penser l’emprisonnement commence par le fait de s’en passer. Pourtant, qui ne connaît pas le nombre de personnes incarcérées en attente d’un jugement ? Qui ignore qu’il est des peines alternatives, en manque de financement aujourd’hui ? Qui ignore que la prohibition des drogues faites illicites pèse lourdement sur le nombre de personnes incarcérées et cela sans que rien ne soit fait en prison pour les aider, bien au contraire, cela jusqu’à l’absence d’une politique de réduction des risques liés aux usages ?

Sommes-nous face à une occasion manquée ? Je ne le pense pas. Ces lamentables petit-e-s humanistes de pacotille doivent penser, conformément à la pensée ambiante, que les propositions alternatives et la fin de la prohibition sont de l’ordre de la politique partisane, tandis que, comme ces esprits lâches le notent, le refus d’un service minimum n’est que de l’ordre du dogmatisme…

Si je crois cela, c’est que les mêmes, retranché-e-s dans leurs cercles privés, de raison mais pas seulement, semblent absent-e-s quand il s’agit non de souligner seulement mais bien d’agir contre la violence de l’état et du patronat. Encore une fois, comme je l’écrivais hier, on peut, par exemple et suite à un délit, refuser une visite de la police quand elle est dépourvue de mandat, mais on ne le peut quand le seul délit commis est d’être pauvre. Il n’est qu’à voir également à quel point les jugements qui opposent des personnes au chômage ou au CPAS à nos institutions tournent généralement à la faveur des institutions, quand bien même leurs exigences ne sont qu’une suite d’épreuves humiliantes et vexatoires pour les plus défavorisé-e-s. Des épreuves qui, peu à peu, transforment une vie sociale en cellule où on ne peut que tourner en rond et dans l’indifférence.

De l’humanisme pour les personnes incarcérées, oui, il en faut et il n’y en aura jamais trop. Mais je refuse de penser que la violence barbare faite aux plus déshérité-e-s de notre « société », qui mérite des guillemets afin de symboliser sa capacité à broyer personnes et communs, ne nous conduit pas, nous qui vivons dans l’iniquité, de manière préférentielle en prison. Je ne suppose pas par là qu’il soit « normal » ou « logique », avec ces guillemets dont je dote notre « société », que des délits et crimes soient commis par la population de surnuméraires à laquelle j’appartiens, mais bien que l’incapacité à penser que la liberté commence AVEC autrui nous prive des richesses de l’altérité et de la réciprocité qui fondent le devenir de toute société ainsi que la puissance de vivre des personnes qui la forment. Cette incapacité en dit long sur ce que les signataires de cette lettre nomment « démocratie » et peut-être sur un désir de violence qui justifie leur fonction. Au nom de l’humanisme, bien entendu. Un humanisme avec des guillemets.

Prenons soin de nous.

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